A l’ombre de la pierre

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« Une tâche pour l’artiste semble ici se dessiner : Faire survire, anachroniquement, des images mnémoniques à
l’actualité immédiate du réel historique. Faire de la pauvreté autre chose qu’une absence d’expérience. Retrouver la
posture du mendiant ou du chiffonnier : se nourrir de peu, créer du savoir en collectionnant les détritus, créer des
mondes esthétiques en bricolant les rebuts. Alors le déclin de l’aura garde une chance de montrer sa face lumineuse :
c’est lorsque la « beauté mystérieuse que la vie met involontairement » dans le moindre
haillon des rues sera « extraite », comme l’écrit Baudelaire, c’est-à-dire anthropologiquement exprimée. »

Georges Didi-Huberman, Ninfa Moderna, essai sur le drapé tombé,
« De l’informe, et de ses draperies », Paris, Gallimard, 2011, p.115.

« […] car le passé fait naturellement partie de chacun de nous, et la présence et la mémoire de l’antique sont tout aussi naturelles chez un Italien. Passé, présent et futur vivent dans une seule dimension où le temps n’existe pas [mais
je dirais plutôt qu’in ex-siste, justement, qu’il sort de ses gonds et par là même nous devient tangible].»
C. Parmiggiani, Stella Sangue Spirito, éd. S. Crespi, 1995, p.206-207

 

Dans mon travail de recherche et dans ma pratique plastique, je m’intéresse à l’histoire, à la mémoire, aux récits personnels et à la parenté.
Ma famille – maternelle et paternelle – est originaire de Perais, au centre du Portugal. Situé dans la Beira Baixa, région frontalière de l’Espagne, en deçà de la chaine de montagnes des Etoiles, ce village est perché au sommet d’un mont creusé par un méandre du Tage, fleuve mythique né de l’épée d’Héraclès, prenant sa source en Espagne et allant se jeter à Lisbonne dans l’océan Atlantique. Cette région est connue comme le « Désert Portugais », et de par son aridité, elle brûle tous les ans. C’est un lieu où la force de sa culture et ses histoires populaires se transmettent par l’oralité.

Ces éléments forment un tout qui a participé à construire mon imaginaire, ma relation aux formes et aux récits.

Ce lieu, son architecture vernaculaire, sa culture et ses histoires populaires ont imprégné ma construction psychique. J’utilise la spécificité du site et sa matérialité. J’ai une pratique hétérogène : je documente, discute sur les chantiers, ramasse, écris, dessine, sculpte et photographie. Mon intuition m’a conduite à travailler avec et dans la matière. J’aime que mes mains soient à l’origine de ce qui naît sous mes yeux. Je travaille avec des surplus de matière, une matière qui rejette de la matière, produisant une matérialité de l’épaisseur du temps. J’emprunte des gestes issus de techniques artisanales et de bricolage qui viennent de mon village et de ses alentours. Comme les bâtisseurs de mon village, je travaille avec la terre et les pierres. Et comme eux, j’aime reconstruire à partir de l’existant ou de ce qui a déjà servi, pour mettre en lumière ce qui est détruit et abandonné. Par exemple, déplacer des éléments de murs ou de trottoirs détruits, ainsi que des objets de consommations abandonnés, cassés, qui ont déjà une histoire, pour re-fabriquer quelque chose, et continuer de les faire exister autrement. Mon intuition m’a amenée à travailler avec des matériaux de construction, telles que la roche et la brique, en passant par le ciment ou le mortier, le plâtre et la boue. Elle m’a conduite à penser à l’origine de l’architecture, à l’acte de construire et plus généralement aux champs notionnels liés a la construction, à la maison et  au domestique. Elle m’a aussi conduite a penser et créer à travers et avec la couleur noire transfigurant d’autres couleurs.

S’intéresser aux pratiques de construction en se référant à celui ou celle qui construit plutôt qu’à celui ou celle qui projette la construction, la finance ou l’orchestre, est une manière de contester la standardisation de l’architecture, cet art de bâtir qui exclut trop souvent l’habitant.e.s de toutes les phases de conception et de construction.
C’est aussi valoriser un autre patrimoine que celui relevant de la conservation de la trace des puissant.e.s, un patrimoine des pratiques populaires.

Niveau du diplôme : DNSEP

Site Internet : https://smartinsmateus.wixsite.com/sonia-martins-mateus