Te ‘ahu faufa’a (l’étoffe patrimoine)

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TE ‘AHU FAUFA’A (l’étoffe patrimoine)

Patrimoine et identité

À l’origine de ce diplôme est un questionnement à l’écho universel : Pourquoi l’humanité accorde tant d’importance au patrimoine ? Pourquoi et comment se construit la valeur des objets de musée, à l’aura si particulière ? L’obsession humaine pour ces héritages du passé n’est plus à prouver, quand ceux-ci se sont vus devenir des enjeux politiques, voire militaires, ou encore nourrir le 3ème trafic illégal le plus développé au monde : celui des antiquités…

Je postule que la valeur du patrimoine se construit de la même manière que l’identité humaine : exponentiellement, par l’accumulation d’expériences et d’interactions. Ces deux notions intimement entremêlées se nourrissent mutuellement à travers le temps, et ainsi, il nous arrive dans les musées des objets devenus des miroirs, des prismes de lecture de l’humanité. Ces objets, qu’Adrian Van Allen, anthropologue, designer et artiste, appelle très justement des archives incarnées, sont chargés d’un poids qu’il nous est difficile d’appréhender et qui les rend fascinants et émouvants. Mon travail s’inscrit dans un cadre didactique et vise à mettre en lumière le patrimoine polynésien tout en démontrant sa pertinence dans la résolution de questions contemporaines.

 

Comment m’inscrire dans cette dynamique ?

Mes recherches portant sur le patrimoine polynésien et les objets de musée, et en ma qualité de designer textile, j’ai choisit de construire mon projet autour d’un objet textile tahitien issu des réserves du musée du quai Branly Jacques Chirac : le maro’ura (image 1). Pour encadrer ce projet de recherche, j’ai pu définir trois axes de travail, trois objectifs :

 

. Contribuer à la recherche dans les milieux scientifique et culturel

La pièce a été identifiée en 2018, par Guillaume Alévêque, comme le vestige potentiel d’une ceinture de plumes royale tahitienne, témoin de l’ascendance divine des rois, dont il ne restait jusqu’alors que des traces écrites et orales. De par son importance dans la culture tahitienne, l’usure du fragment et ayant eu l’opportunité de l’étudier dans l’atelier de restauration du musée (images 2,3), mon premier travail fût de questionner l’objet en menant une expérimentation de reconstitution (images 4, 5).

 

. Favoriser l’accès à la culture par le biais de la vulgarisation

Etudier le maro’ura, c’était décider d’étudier un objet à l’actualité en pleine ébullition. Grâce notamment à Stéphanie Leclerc Caffarel (responsable des collections d’Océanie du musée du quai Branly) et dans le cadre d’une exposition consacrée à l’objet, qui ouvrira ses portes en octobre 2021, le projet a pu devenir une véritable collaboration avec le quai Branly. Suite à des échanges porteurs, le travail de reconstitution du projet servira à nourrir la documentation et la communication de l’exposition pour développer la compréhension de l’objet auprès du public.

De plus, j’ai produit deux vidéos pour vulgariser ma démarche, disponibles en libre accès sur la plate-forme Youtube, dont voici les liens (images 6, 7):

 

. Interroger des réalités contemporaines

Le maro’ura est un objet de continuité par essence. Il se transmettait de roi en roi et des bandes de plumes étaient ajoutées à l’ouvrage à chaque nouveau règne, il témoignait de l’histoire des générations passées, tout en s’enrichissant des générations présentes. C’est un ouvrage toujours inachevé, témoin du temps et à la sémantique terriblement riche. Ainsi, une pratique artistique inspirée par l’objet a été initiée pour questionner le monde actuel (images 8, 9, 10, 11, 12).

La sémantique du maro’ura fait notamment écho à la lecture particulière que les peuples polynésiens ont du temps. Quand le temps occidental est linéaire et tourné vers le futur, le temps polynésien est écologique, cyclique et situe le passé vers l’avant puisque celui-ci est connu et donc visible :

« {Le} passé se déroule donc devant nous et nous mène dans le futur, qui se trouve derrière nous » (Un passé à recomposer, Epeli Hau’Ofa).

Ainsi, particulièrement pour les polynésiens, le patrimoine constitue un socle pour construire le présent et s’inscrit très fort dans les notions de transmission et de continuité ; et dans une époque qui se prend de plein fouet ses propres limites, dans une époque qui nous fait comprendre qu’il serait avisé de reconsidérer notre rapport au temps ; ce sont des notions que je souhaites développer et mettre en avant dans la création et le design.

Niveau du diplôme : DnMade (licence)

Site Internet : http://@orama.nigou