Des codes des signes des armes

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Comment la typographie peut agir en tant qu’arme de lutte contemporaine ?

À l’ère numérique, la gestion des données actuelle engendre une surveillance numérique de masse. Ce projet de DNSEP se construit sur l’hypothèse suivante : la vie privée numérique n’est plus en danger puisqu’elle est déjà pratiquement morte. Nous faisons ainsi face à une asymétrie des pouvoirs décrite dans mon mémoire (WYSINWYG, What you see is not what you get, accessible en libre accès sur https://www.memo-dg.fr/) entre les détenteurs de l’information (GAFAM et services de renseignement nationaux) et les individus dits lambdas. Les armes à disposition pour tenter de gripper la machine sont les armes du faible. En tant que designer graphique, je prends en main la typographie comme une arme, comme mon arme du faible. J’envisage la typographie autant comme un outil de communication qu’un langage : elle est un code lisible car les formes des lettres nous sont familières.

Ce travail plastique se décline en trois créations typographiques avec des approches différentes.

Close

Qu’est-ce-qu’une typographie qui milite pour sa vie privée ? Close est une typographie qui se ferme sur elle même, l’espace à l’intérieur des lettres est inaccessible. En la rendant variable l’épaisseur des caractères augmente, sans pour autant ouvrir les formes qui se conservent pour représenter la nécessité de conserver un espace de liberté individuel face à la pression numérique. Elle a été dessinée à partir de recherches visuelles et esthétiques, en passant de la lettre au mot, du mot à la phrase et de la phrase au paragraphe. Son spécimen est une affiche en réalité augmentée, c’est la distance entre l’utilisateur et l’affiche qui fait varier la typographie, en établissant une relation entre le corps physique de l’humain et le corps typographique. Plus on s’approche de l’affiche et plus les caractères se rétractent.

http://close.eleonorefines.fr/

Unique

Unique est une typographie dessinée à partir du contexte dystopique et totalitaire du roman 1984 de G.Orwell : une typographie unique pour un langage unique. Son objectif de formes est de refléter le langage mis en place par le parti dans l’univers de l’auteur. Le principe du novlangue (illustré par la devise du parti : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ») est d’ailleurs représenté par un système de ligatures OpenType intégré à la typographie, intervenant directement sur le contenu. Ainsi « guerre » est automatiquement remplacé par « paix », « dictature » par « démocratie » ou encore « propagande » par « éducation ». On ne peut donc plus écrire toute une liste de termes lorsque les ligatures sont activées, en censurant un mot c’est finalement son sens qu’on éradique. La liste des substitution présentée sur l’affiche spécimen a été définie à parti du roman en l’étendant au contexte actuel.

La typographie est exploitée dans l’édition d’un journal en Web to Print, avec une dualité de contenu corrélée à la dualité de substitution des mots dans la typographie unique. Le contenu Web est conforme à la censure de la typographie tandis que sa version imprimable la désactive. L’enjeu est de questionner l’espace du Web et du Print par rapport aux libertés d’expression et de lutte contemporaine. L’impression à la maison représentée par l’imprimante permet à l’objet de s’émanciper de son espace de diffusion initial (le Web), et de devenir militant.

http://unique.eleonorefines.fr/

Split

Split est une typographie qui joue le rôle de clé de chiffrement, en permettant le passage d’un message clair à un message chiffré. Les caractères sont des modules géométriques qu’on peut assembler en les superposant avec une chasse égale à zéro. On peut ainsi recomposer des lettres sur deux lignes : « UY entrer K » deviennent « a », on a un écart entre ce qu’on tape au clavier et ce qu’on voit apparaitre à l’écran. Les combinaisons de caractères présentées sur l’affiche spécimen permettent de recomposer un alphabet, le message codé est déchiffrable en le convertissant dans la typographie Split. Jusqu’ici, il ne s’agit en cryptographie que d’un simple chiffrement par substitution. Mais l’intérêt de Split est qu’on peut renforcer sa puissance de chiffrement grâce à un principe d’obfuscation (ajout de données superficielles ou fallacieuse pour brouiller l’intégrité d’un message). En effet, derrière chaque formes on peut y cacher toute une liste d’autres formes plus petites sans altérer la forme initiale, ce qui rend le message chiffré beaucoup plus complexe.

Une interface fait office de site Web-outil permettant d’automatiser la conversion. Le but est d’obtenir facilement le message chiffré à envoyer à un destinataire détenteur de la typographie Split, qui sera alors en mesure de décoder le message. Un curseur permet de faire varier la puissance du chiffrement en ajoutant aléatoirement plus ou moins de lettres qui viennent brouiller sa forme chiffrée, mais pas altérer sa forme visuelle lorsque le message est converti dans la typographie Split.

http://split.eleonorefines.fr/

Des codes des signes des armes

Ces trois créations typographiques sont diffusées sous licence libre sur un site Web : descodesdessignesdesarmes.eleonorefines.fr. Le but est de dédier la création typographique à la lutte contemporaine, en redonnant le pouvoir du langage au peuple. Un onglet « in use » répertorie les utilisations de ces typographies dans d’autres contextes par des utilisateurs divers : c’est leur utilisation par un groupe d’individus plus large qui rendent leurs création pertinentes. Elles sont les armes du faible, au service du peuple, leur langage.

Niveau du diplôme : DNSEP

Site Internet : http://eleonorefines.fr