Chronotope

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Si je devais donner un nom à l’ensemble de mon travail ce serait chronotope.

Selon le philologue Mickhaïl Bakhtine, le chronotope c’est cette inséparabilité des dimensions spatiales et temporelles dans les œuvres littéraires, qu’elles soient réelles ou fctives, la principale matérialisation du temps dans l’espace. Le chronotope c’est l’incarnation du roman tout entier, la matrice où les principales séquences d’une œuvre se croisent, où les évènements, les dialogues et les rencontres ont lieu.

Il est question dans mon travail d’empreinte, de matrice, de multiples, de fragments. Je prélève des formes issues du quotidien, de la maison comme la décrit Marguerite Duras dans La vie matérielle :

« L’ordre extérieur, l’ordre intérieur de la maison.
L’ordre extérieur, c’est-à-dire l’aménagement visible de la maison, et l’ordre intérieur qui est celui des idées, de paliers sentimentaux, des éternités de sentiments vis à vis des enfants. »

J’extrais de ma poubelle des cartons d’emballages alimentaires et j’exploite les possibilités offertes par la mise à plat de ces boites. Les formes deviennent des matrices d’estampes où il est question de plis et de replis, de temporalité. C’est un mouvement, un cycle, le fux incessant de ce qui sort et qui revient dans les placards de la maison.

De ma poubelle, je collectionne également les blisters plastique d’objets et en réalise des tirages en plâtre. C’est la chronique de l’ordinaire, le récit d’un quotidien domestique que je tente de conserver, d’enregistrer, de retenir. Entre ces blisters et l’objet d’origine, subsiste cependant un écart, une mise à distance ; comme la mémoire et le souvenir peuvent déformer la réalité.

Je matérialise le vide, l’absence, ce vide qui est aussi celui de l’architecte :

« Une construction n’est pas la somme des largeurs, des longueurs et des hauteurs de ses divers éléments : elle est l’ensemble des mesures du vide, de l’espace interne dans lequel les hommes marchent et vivent. » *

Du papier photographique à la terre d’argile, les surfaces sensibles enregistrent superposés ces lieux que chacun de nous porte en lui. Entre effacement et apparition mon travail poétique se déploie en résonnance avec l’espace, et les œuvres veulent affrmer ce rapport d’inhérence : celui que nous avons avec l’architecture, celui de l’architecture avec l’environnement.

* Bruno Zévi. Apprendre à voir l’architecture

Niveau du diplôme : DNSEP

Site Internet : http://Instagramcarolineboucherart