Miss tu veux coiffer?

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Je mène un projet plastique s’intéressant à la question de la « colonisation du corps et de l’esprit à travers les médias », un terme étroitement lié au colonialisme européen. Cette citation, employée pour la première fois par l’artiste afrodescendante Daniel Dean, cherche tout d’abord à montrer comment avec l’apparition des réseaux sociaux et des nouvelles technologies, nous assistons à la surexposition d’un modèle de beauté occidental donné sous forme d’injonction par la société actuelle.
Dans un deuxième temps, ce terme met en tension réseaux sociaux, standards et déformation. Entre changements physiques issus de chirurgies esthétiques extrêmes, selfies et tendances beauté, l’intérêt pour moi est de saisir la transformation du corps qui n’est qu’un tableau/écran du temps qui passe.

En outre, le faux et le réel sont 2 notions constamment en dualité dans mon travail, qui se veut à la fois pluridisciplinaire et faire le témoignage d’un récit personnel et de mes diverses influences. Effectivement, née de parents cap-verdiens immigrés et ayant grandit dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne, je beigne entre traditions africaines et éducation occidentale. Une double ou multiculture sur un fond de musique rap rnb des années 2000 fortement présente dans ma vie, qui m’amène à me questionner sur mon identité et la place que j’occupe dans la société.
À l’aide d’une esthétique proche de l’économie de moyens et de la mise en scène en studio, j’aborde diverses problématiques liées à des sujets d’actualité suscitant chez moi, à la fois de l’indignation, mais aussi de la fascination. Frôlant la sociologie et l’anthropologie dont j’essaie de voir les enjeux politiques que cela implique, mon travail à double tranchant ne cherche pas à se positionner, mais plutôt à montrer comment le multiculturalisme peut avoir un impact sur le développement de la personnalité.

« Miss tu veux coiffer? » est une tirade prononcée par les racoleurs des salons de beauté afro. La carte de visite en main, des services cosmétiques en tout genre (coiffure, onglerie, pédicure, produits de contrebande, desimlockage…)  vous sont proposés à peine sortie du métro.  Cette installation a été présentée lors de mon DNSEP à l’EESAB de Rennes en 2019. Elle dépeint alors à l’identique les salons de beautés afro de divers quartiers populaires de Paris (Château d’eau, Strasbourg Saint-Denis, Château rouge). Placées sur toute la vitrine, les chanteuse de Rnb Beyoncé, Rihanna, Nicki Minaj ou Ciara, sont présentées aux client.e.s , telles des déesses qu’il est possible d’incarner le temps d’une coiffure.
Mais cette surexposition d’un standard de beauté (peau claire et cheveux lisses) semble avoir un impact considérable sur la communauté noire féminine, qui se comparent à ces idôles et les imitent. C’est ce que l’anthropologue Juliette Smeralda, dans son livre Peau noire, cheveux crépus, définit de «rejet
de soi». Entre défrisants et crèmes éclaircissantes, « Miss tu veux coiffer? » met en avant ces pratiques cosmétiques encore considérées comme tabou par la communauté noire.

Cette installation est donc constituée de diverses pièces. En effet il est possible de retrouver dans un premier temps la série « Beauty Shops ». Elle est une oeuvre faite d’une dizaine de photographies dépeignant les vitrines de salons de coiffure afro parisien.

Dans un deuxième temps, l’oeuvre « Goddess’ map » y est aussi présentée. Cette sérigraphie démontre l’importance des figures modélisantes actuelles. À travers un paysage urbain témoignant de l’infobésité quotidienne, les célèbres Kylie Jenner, Kim Kardashian et Beyoncé prennent pose, le fessier en évidence telles des déesses grecques 2.0. Si dans un second temps ce travail se veut critique, il cherche également confronter réappropriation de l’esthétique des Vénus callipyges, devenues un effet de mode, et son poids historique en référence invraisemblable à Saartjes Baartman, la tristement célèbre « Vénus Noire » des zoos humains européens du XXe siècle.

Enfin, le travail  » Hair Process » lui aussi trouve sa place dans l’installation. Il est une vidéo autobiographique présentant plusieurs étapes capillaires
d’une coiffure. Comme un serpent qui change de peau, je montre tout le processus par lequel je passe pour façonner mon identité. Je vois les cheveux comme une nouvelle forme de production. Le cheveu crépu tire ses références des ethnies africaines subsahariennes. Considérés comme un symbole d’identification, il joue un rôle social déterminant l’état matrimonial, l’âge, la fertilité, la santé et la religion. Au fil des années, les cheveux sont progressivement devenus un temps d’embellissement, permettant la socialisation et la création de formes.

Niveau du diplôme : DNSEP

Site Internet : https://egomesbarradas.wixsite.com/0000