Aurélie Carbillet
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A ce propos, Vincent Lucci, spécialiste de la linguistique écrit dans son livre « Des écrits dans la ville » :
« Ce besoin d’attirer le regard, de le capter (relevant d’une fonction attractive), qui prime sur le texte qui dit, fait des citadins des “ sujets ” qui voient probablement une part de leur liberté de lecteur restreinte »

Partant du constat que les mots dans la ville se voient mais ne se lisent pas, j’ai décidé de faire sortir du livre la poésie pour introduire dans l’espace public un message gratuit, laissant au passant une liberté d’interprétation.

D’où le nom du projet: « Mots en liberté » (en référence au livre du même titre créé par Marinetti)

J’ai donc décidé d’ajouter un message différent des autres à l’espace urbain : la lecture et la présence du message viendraient de la volonté du public. Ainsi mon travail comporte une forte dimension sociale et les réactions du public comptent. J’ai défini les règles de base de mon projet dans ce sens:
La ville ne doit pas être un simple support et la poésie doit vivre au rythme de la ville et de ses habitants.
C’est pourquoi une fois placés, les poèmes seront éphémères, mouvants. Ils peuvent s’altérer ou se modifier en fonction de l’action d’autrui, du passage des gens, du passage du temps, de la météo…

J’ai tout d’abord réalisé une série d’interventions dans des «non-lieux» du Val d’Oise.
Ce sont des lieux de passage dont les phénomènes du quotidien sont mis en relief, des lieux où l’on ne s’attend pas à voir une intervention pareille.

Puis je suis intervenue au Portes ouvertes des Arts Décoratifs avec un poème d’Hamid Tibouchi pour voir les réactions d’un public donné. Le texte était vu mais pas véritablement lu. Les lecteurs se sont davantage intéressés au poème quand il a commencé à se dégrader.

J’ai par la suite décidé de travailler davantage sur la lisibilité. Lorsque le texte ne se voit pas ou ne se lit pas de façon automatique, la lecture devient un choix délibéré. Cette volonté est d’autant plus grande qu’elle nécessite l’effort du déchiffrage. Pour obtenir une plus grande liberté je me suis également liée à des évènements, je voulais aussi tester de nouvelles contraintes et continuer à étudier les réactions du public.

La Maison de la poésie, dépendante de la mairie de Paris, m’a autorisé à investir le Passage Molière où se situe le théâtre de la Maison de la poésie.

Ils m’ont proposé de travailler en relation avec la pièce « Duetto 5 toute ma vie j’ai été une femme » dont la majorité des textes à été écrit par Leslie Kaplan, romancière et poète. Les représentations duraient 4 semaines et je me suis fixé pour but d’intervenir une fois par semaine, avec le même poème extrait du Livre des ciels.
Les spectateurs entraient voir le spectacle, et c’est en ressortant qu’ils comprenaient que quelque chose s’était produit pendant leur absence.

Certaines installations faisaient intervenir le public. J’en ai fait des vidéos, ayant comme témoignage des avis de spectateurs.

Pour terminer, j’ai participé au festival citoyen Permis de construire, situé à Courdimanche. Le principe de ce rassemblement est “Le partage des différences et du vivre ensemble”.
J’avais fait la rencontre d’un Slameur, Olivier Campos, et suite à cela je me suis demander comment existait le slam si l’auteur n’était pas là pour déclamer le texte. Cela à donné lieu à deux installations. (Voir photos et vidéos)

J’ai également créé pour ce festival une typographie qui permet remédier à un problème récurrent auquel je me suis heurté : il fallait toujours prévoir et découper le texte à l’avance. Avec une typographie créé à partir d’un cercle et d’un bâton et de subdivisions de ceux-ci, l’improvisation a eu sa place. Je l’ai soumise au public pour voir comment il s’en sortirait. Après quelques temps, le vent balayait les inscriptions, il était donc temps de recommencer l’écrit. (voir les photos)

Cette production fut enrichissante personnellement, elle m’a permis de nombreuses rencontres et collaborations avec des personnes issues de différents milieux artistiques.

A la fin de ce projet, j’ai réalisé un « Livret des réactions » qui recense avec dérision, les différentes paroles étonnantes et les situations auxquelles j’ai dû faire face. (intrusion/anomalie, absence de réaction, ignorance, désintérêt feint, prétexte à la discussion, intérêt, appropriation)

Cette immersion d’un nouveau message constitue donc une petite étude sociale sur la réaction des personnes dont on trouble l’ordinaire. Elle interroge sur notre positionnement par rapport aux textes de la ville mais aussi sur le détournement d’œuvres textuelles préexistantes.


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c'est un travail vraiment très intéressant !
il y a plus d'un an