"La science n’est pas une collection de lois, un catalogue de faits non reliés entre eux. Elle est une création de l’esprit humain au moyen d’idées et de concepts librement inventés. Sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie
interne de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science."
Albert Einstein, L’Evolution des Idées en Physique
Le planisphère terrestre est une image universellement connue. Une image déformée abstraite créée de toute pièce par l’esprit humain pour saisir sa planète. Mon travail prend sa source dans l’analyse de ce procédé iconique.
Mon sujet n’est pas la Terre mais l’humain.
J’ai adopté la démarche du géographe pour proposer une image inédite du portrait, une vision de l’autre qui s’affranchit de la perspective et qui met en jeu une perception corporelle. Je me suis concentrée sur la tête comme sphère et comme modèle réduit du monde. Je me suis approchée très près, j’ai parcouru mes modèles du bout des doigts, j’ai exploré la surface du crâne, la peau, l’enveloppe corporelle.
Du bout de mon corps j’arpente les frontières de l’autre.
Mon approche se développe selon deux axes.
Le premier est empirique, il explore les procédés de fragmentation et de montage qui mène à l’élaboration d’une image plane discontinue d’un volume impossible à aplatir.
Le second abandonne complètement la perception visuelle. Il s’appuie sur la grille du cartographe qui redéploie les points de contact. J’ai relevé, quantifié les qualités tactiles de la peau puis, au moyen de diverses trames, j’ai crée plusieurs modèles pour ordonner les données sensibles erratiques en ensembles continus.
J’ai créé des images optiques d’une explorations haptiques
Les procédés que j’ai mis en application sont des sortes de sismographes qui captent les traits et la présence de l’autre. Mes images sont des matrices. Elles visent à découvrir des univers nés des flux propres à chacun. Elles libèrent des possibilités de mondes métaphoriques, poétiques : des points stellaires, des lignes de mélodie. Elles révèlent des types de déserts, de forêts... Les différentes caractéristiques que je tente d’affiner contiennent en elles mêmes le mélange d’ombre et de lumière par lequel la peinture a pu inscrire une pensée, des humeurs, des songes sur les visages.
Mon travail se décline en un livre qui réunit l’ensemble de mes expériences, ainsi qu’une série de portraits grand-format. Mes images sont principalement réalisées au crayon ou au feutre sur calque ou sur papier.
il y a plus d'un an